
La sécurité alimentaire est l’une des préoccupations les plus fondamentales de l’industrie agroalimentaire mondiale. Dans un contexte de chaînes d’approvisionnement toujours plus complexes et mondialisées, la Global Food Safety Initiative, mieux connue sous l’acronyme GFSI, s’est imposée comme un cadre de référence incontournable pour garantir que les aliments produits, transformés et distribués à travers le monde répondent aux plus hautes exigences de sécurité. Comprendre ce qu’est la GFSI, comment elle fonctionne et pourquoi la certification selon un programme reconnu par la GFSI est aujourd’hui quasi indispensable, c’est l’objet de cet article complet.
La Global Food Safety Initiative (GFSI) est une organisation privée qui fonctionne comme une « coalition d’action » au sein du Consumer Goods Forum (CGF) et rassemble des distributeurs et des fabricants de marques issus de l’ensemble des membres du CGF. Elle opère sous une gouvernance multipartite, avec l’ambition de créer une communauté étendue de sécurité alimentaire pour superviser les standards de sécurité des aliments à l’échelle internationale.
Contrairement à une idée répandue, la GFSI n’est pas un organisme de certification et ne délivre aucun certificat. La GFSI sert de cadre mondial de référence : ce sont des programmes comme FSSC 22000, SQF, BRCGS ou IFS que les organisations doivent choisir et mettre en œuvre pour être auditées et certifiées. La GFSI évalue et reconnaît ces programmes selon ses propres critères, qui constituent le socle des Benchmarking Requirements (BMR).
L’initiative a été lancée en 2000 à la suite de nombreuses crises alimentaires et de profondes évolutions dans la législation du secteur, notamment en Europe. Face à leurs obligations légales sur leurs chaînes d’approvisionnement et à la responsabilité liée à la conformité, les distributeurs européens ont décidé de recourir à des normes techniques communes pour mieux maîtriser les risques.
À cette époque, la multiplication des audits fournisseurs était devenue un fardeau pour l’industrie. Les distributeurs effectuaient leurs propres audits, parfois via des tiers, sur la base de référentiels non harmonisés, sans certification ni accréditation internationale, ce qui conduisait à des résultats incompatibles et à une véritable “fatigue des audits”.
La vision de la GFSI est celle d’aliments sûrs pour les consommateurs partout dans le monde. Des dirigeants du secteur alimentaire ont donc créé la GFSI pour trouver des solutions collectives à des préoccupations communes : réduire les risques de sécurité alimentaire, limiter la duplication des audits et des coûts, et renforcer la confiance tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
Le cœur du mécanisme GFSI repose sur le benchmarking, ou évaluation comparative. Concrètement, la GFSI compare chaque programme de certification de sécurité alimentaire candidat à un ensemble d’exigences de référence, les Benchmarking Requirements.
Si un programme remplit tous ces critères, il est officiellement « reconnu » par la GFSI. Cette approche permet à plusieurs programmes de coexister sur le marché tout en garantissant leur équivalence sur les exigences de base en sécurité alimentaire. C’est ce modèle qui a donné naissance au principe devenu célèbre dans le secteur : « once certified, accepted everywhere » — une fois certifié selon un référentiel reconnu, le certificat est accepté par un grand nombre d’acheteurs.
La GFSI reconnaît donc des programmes de certification mais ne certifie jamais directement les entreprises. Ce sont des organismes de certification accrédités (Bureau Veritas, NSF, SGS, etc.) qui auditent les sites de production et délivrent les certificats au nom des propriétaires de programmes reconnus.
En 2024, la GFSI a publié une nouvelle version de ses exigences de référence, les Benchmarking Requirements v2024. Cette révision majeure vise à aligner le cadre GFSI sur les dernières normes internationales et les meilleures pratiques du secteur.
Les BMR v2024 sont notamment harmonisées avec les nouvelles versions des Principes généraux d’hygiène alimentaire du Codex Alimentarius et avec la norme ISO 22003. Cet alignement renforce la cohérence entre les programmes reconnus et les référentiels techniques internationaux utilisés par les autorités et l’industrie.
De juillet à septembre 2024, la GFSI a organisé une consultation publique sur ces BMR révisées, recueillant plus de 2 500 commentaires de parties prenantes à travers le monde. Ces contributions ont été analysées et prises en compte dans la version finale, illustrant la démarche participative et transparente de la gouvernance GFSI. À partir du 6 janvier 2025, les propriétaires de programmes de certification peuvent engager le processus de reconnaissance selon les nouvelles BMR v2024.
Plusieurs programmes de certification sont reconnus par la GFSI. Parmi les plus répandus mondialement, on trouve BRCGS, FSSC 22000, IFS Food et SQF. Chacun possède ses spécificités, plus ou moins adaptées selon la géographie, le type d’activité ou la structure de l’entreprise.
Créée en 1996, la certification BRCGS fournit des standards globaux en matière de sécurité alimentaire et de qualité. Elle couvre la fabrication alimentaire, les matériaux d’emballage, les produits de grande consommation, ainsi que le stockage et la distribution. Les exigences sont rédigées de manière très spécifique, laissant peu de place à l’interprétation, mais offrant une vision très claire de ce qui est attendu sur le terrain. La norme est particulièrement reconnue par les distributeurs britanniques, américains et canadiens.
FSSC 22000 est un programme reconnu par la GFSI basé sur les normes ISO et axé sur les systèmes de management de la sécurité alimentaire. Il s’appuie sur ISO 22000 et des programmes prérequis sectoriels, et s’intègre facilement avec d’autres systèmes de management ISO, tels qu’ISO 9001 pour la qualité ou ISO 14001 pour l’environnement. FSSC 22000 est solidement établi à l’échelle mondiale et convient particulièrement aux groupes internationaux qui veulent harmoniser leurs différents sites sous un même cadre ISO.
IFS Food est particulièrement reconnu en Europe, notamment en Allemagne et en France. Il se concentre sur la vérification de la conformité des processus de production aux exigences de sécurité alimentaire, de management de la qualité et de traçabilité. Son système de notation détaillé, ses niveaux de résultat et son approche d’audit tierce partie offrent une évaluation fine et mesurable du niveau de conformité des sites.
SQF met l’accent à la fois sur la sécurité et la qualité des aliments. Fondé sur les principes HACCP, ce programme couvre l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, de la production primaire à la transformation et à la distribution. Il est particulièrement populaire sur le marché nord‑américain et constitue un programme de référence pour les entreprises visant les grandes enseignes de détail aux États‑Unis.
Au‑delà de ces quatre programmes phares, la GFSI reconnaît également d’autres référentiels spécialisés, comme GLOBALG.A.P. pour la production agricole ou le Global Red Meat Standard pour la viande. Certains programmes ont cependant retiré leur demande de reconnaissance GFSI ces dernières années, comme Japan GAP Foundation ou Equitable Food Initiative (EFI), ce qui illustre le caractère évolutif du paysage des schémas reconnus.
Obtenir une certification basée sur un programme reconnu par la GFSI représente un investissement significatif, mais les bénéfices sont multiples et mesurables.
Sur le plan commercial, les entreprises certifiées démontrent l’équivalence de leurs systèmes à travers les pays et les continents, ce qui facilite les échanges. De nombreux acheteurs acceptent les certificats des programmes reconnus par la GFSI, ce qui réduit considérablement le nombre d’audits spécifiques exigés par chaque client. En pratique, un fournisseur certifié BRCGS ou FSSC 22000 n’a plus, dans beaucoup de cas, à subir des audits clients multiples sur les mêmes sujets.
Sur le plan de la gestion des risques, la mise en place d’un système conforme à un référentiel reconnu GFSI fournit un cadre robuste pour identifier, maîtriser et revoir en continu les risques pour la sécurité des aliments. Cela crée un environnement de production maîtrisé, avec des mécanismes de surveillance, de validation et d’amélioration continue.
Sur le plan de la compétitivité, une part croissante des grandes enseignes et industriels exigent de leurs fournisseurs une certification selon un programme reconnu GFSI. Ne pas être certifié peut donc constituer un frein majeur à l’accès à certains marchés, alors qu’une certification adaptée (FSSC, SQF, BRCGS, IFS…) devient un véritable sésame commercial.
Enfin, la GFSI contribue à réduire les obstacles techniques au commerce international en harmonisant les attentes en matière de sécurité alimentaire. En promouvant l’équivalence entre programmes reconnus, elle facilite la reconnaissance mutuelle des certificats et soutient la fluidité des échanges.
La GFSI ne s’adresse pas uniquement aux multinationales. Le Global Markets Programme est un dispositif volontaire destiné à aider les petites et moyennes entreprises à construire progressivement un système de management de la sécurité des aliments.
Ce programme repose sur une approche par étapes, avec plusieurs niveaux d’évaluation qui permettent de structurer les pratiques et de combler les écarts par rapport aux exigences des certifications reconnues. Il constitue un tremplin particulièrement intéressant pour les PME qui souhaitent se préparer avant de viser, à terme, une certification complète BRCGS, FSSC 22000, IFS ou SQF.
La GFSI est portée par le Consumer Goods Forum (CGF), un réseau mondial qui rassemble des détaillants et des fabricants de biens de consommation autour de grandes thématiques communes. Sa gouvernance repose sur un comité de pilotage (Steering Committee) composé de représentants des plus grandes entreprises de distribution et de fabrication, ainsi que sur des groupes de travail techniques spécialisés.
En 2020, la GFSI a lancé le programme Race to the Top (RTTT) pour répondre aux critiques portant sur la confiance accordée aux certifications reconnues. Cette initiative vise à renforcer la crédibilité et la transparence des audits, tout en améliorant la performance globale des programmes reconnus.
Chaque année, la GFSI organise une conférence mondiale qui réunit des milliers de professionnels de la sécurité alimentaire. L’édition 2025, organisée à Dublin du 31 mars au 3 avril, avait pour thème « Global Resilience: Forging a Sustainable Food Safety Future » et a rassemblé des dirigeants de l’ensemble de l’écosystème alimentaire.
Le choix d’un programme de certification reconnu par la GFSI dépend de plusieurs facteurs : nature de l’activité (production primaire, transformation, conditionnement, logistique), marchés cibles géographiques, exigences spécifiques des clients et maturité de votre système actuel.
Par exemple, les clients français et allemands sont généralement plus familiers avec IFS, tandis que le Royaume‑Uni et certains marchés anglo‑saxons se réfèrent davantage à BRCGS. Les groupes internationaux qui souhaitent harmoniser leurs pratiques sur plusieurs continents se tournent souvent vers FSSC 22000 pour sa base ISO et son positionnement global. SQF, lui, reste un choix privilégié pour le marché nord‑américain.
Il est fortement recommandé de consulter un expert en sécurité alimentaire ou un organisme de certification accrédité avant de choisir un programme. Une analyse préalable de vos processus, de votre niveau de maturité et des attentes de vos partenaires commerciaux vous aidera à sélectionner le schéma le plus pertinent.
Depuis sa création en 2000, la Global Food Safety Initiative a profondément transformé le paysage de la sécurité alimentaire mondiale. En définissant un cadre de benchmarking rigoureux, en favorisant la reconnaissance mutuelle des certifications et en rassemblant l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire, la GFSI a contribué à faire de la sécurité alimentaire un objectif partagé plutôt qu’une contrainte isolée.
Avec la publication des BMR v2024, alignées sur le Codex Alimentarius et ISO 22003, et l’émergence de nouvelles thématiques comme la durabilité ou la cybersécurité alimentaire, la GFSI continue d’évoluer pour répondre aux défis d’un secteur en constante mutation. Pour toute entreprise agroalimentaire ambitieuse, s’inscrire dans cette démarche via une certification reconnue GFSI n’est plus une option : c’est une nécessité stratégique.
Non. La GFSI n’est pas une norme de certification et ne délivre aucun certificat. Il s’agit d’un cadre de benchmarking qui évalue et reconnaît des programmes de certification existants, tels que BRCGS, FSSC 22000, IFS ou SQF. Dire qu’une entreprise est « certifiée GFSI » signifie en réalité qu’elle est certifiée selon un programme reconnu par la GFSI.
Ces trois programmes sont tous reconnus par la GFSI et visent la sécurité alimentaire, mais ils ont des origines, des structures et des zones d’influence différentes. BRCGS est historiquement porté par les distributeurs britanniques et très présent au Royaume‑Uni, aux États‑Unis et au Canada. IFS est davantage associé aux distributeurs français et allemands. FSSC 22000, basé sur les normes ISO, se distingue par son intégration facile aux systèmes de management existants et par sa reconnaissance mondiale croissante, en particulier auprès des multinationales.
Oui. Les petites et moyennes entreprises peuvent viser une certification selon un programme reconnu GFSI. Le Global Markets Programme de la GFSI a justement été créé pour les accompagner étape par étape dans la structuration de leur système de management de la sécurité alimentaire avant de se lancer dans une certification complète.
Les Benchmarking Requirements v2024 représentent une mise à jour majeure du cadre GFSI. Ils alignent les exigences sur les dernières versions du Codex Alimentarius et de la norme ISO 22003, après une large consultation publique ayant recueilli plusieurs milliers de commentaires. L’objectif est de renforcer l’harmonisation mondiale, de consolider la base scientifique des exigences et d’améliorer la confiance dans les programmes reconnus.
Dans la plupart des pays, la certification selon un programme reconnu par la GFSI n’est pas imposée par la loi. En revanche, elle est de plus en plus exigée contractuellement par les grandes enseignes de distribution et les groupes agroalimentaires, qui l’inscrivent dans leurs cahiers des charges fournisseurs. Ne pas être certifié peut donc constituer un frein important à l’accès aux marchés les plus exigeants, en particulier en Europe et en Amérique du Nord.
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Dernière mise à jour le 24 février 2026